chambre documentaire · Tradition orale

La loi de paix de Nunuku chez les Moriori

Une société décide que le meurtre ne sera plus un moyen de régler ses conflits

TempsTradition ancienne ; décision collective réaffirmée en 1835TerritoireRēkohu / îles ChathamÉchelleCommunauté · Peuple
La question ouverte ici

Qu’est-ce que des humains ont inventé ici pour que d’autres humains puissent vivre ensemble avec moins de violence ?

Le geste de paix

Faire du refus de tuer une règle collective transgénérationnelle.

01collective non killing norm
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Récit

Date : ancienne tradition moriori ; pas de date unique historiquement démontrable Espace : Rēkohu / Chatham Islands et Rangihaute / Pitt Island Peuple : Moriori Principe : interdiction de la guerre et du meurtre associée à Nunuku-whenua Repère documentaire majeur : maintien explicite de la loi lors de l’invasion de 1835

Les Moriori sont les habitants autochtones de Rēkohu et des îles voisines.

Le règlement historique reconnu dans le Moriori Claims Settlement Act de Nouvelle-Zélande situe l’arrivée des ancêtres moriori entre environ 1000 et 1400 de notre ère et reconnaît qu’ils développèrent une société où la guerre et le meurtre furent interdits.

La tradition associe cette interdiction à Nunuku-whenua.

Après des conflits internes, Nunuku impose une loi de paix : les différends ne doivent plus se transformer en guerre meurtrière.

Pendant des générations, cette loi devient une norme collective.

Ce cas est extrêmement rare dans notre chronologie parce que la paix ne prend pas ici la forme d’un traité conclu entre deux gouvernements, ni d’un texte juridique conservé dans une archive européenne.

Elle devient une règle sociale maintenue sur la longue durée.

Te Ara, l’encyclopédie officielle de Nouvelle-Zélande, décrit une longue période de paix moriori sur Rēkohu. Le Moriori Claims Settlement Act reconnaît lui-même que guerre et meurtre avaient été interdits et que les Moriori vécurent sans perturbation extérieure pendant plusieurs siècles avant le contact européen de 1791.

Puis vient 1835.

Environ neuf cents personnes appartenant à deux iwi māori, Ngāti Mutunga et Ngāti Tama, arrivent sur Rēkohu.

Des Moriori envisagent de résister.

Les anciens Torea et Tapata rappellent cependant la loi de Nunuku. Selon le récit historique désormais inscrit dans la loi néo-zélandaise, ils considèrent qu’abandonner cette règle serait contraire aux croyances et coutumes anciennes de leur peuple.

Les envahisseurs attaquent.

Environ trois cents Moriori sont tués dans la phase initiale de l’invasion selon les comptes rendus cités dans le règlement historique ; les survivants sont réduits en esclavage. La population s’effondre ensuite sous l’effet combiné des meurtres, de l’asservissement, des maladies et des conséquences sociales de la conquête.

Cette histoire oblige notre projet à traiter la non-violence avec une gravité particulière.

La loi de Nunuku n’est pas une démonstration selon laquelle la non-violence garantit la sécurité.

Elle montre qu’une communauté peut décider de ne pas tuer — et que cette décision ne suffit pas à empêcher un agresseur extérieur de commettre une violence extrême.

La chronologie doit préserver les deux vérités simultanément.

Une société a effectivement maintenu une interdiction de la guerre pendant des générations.

Cette société a ensuite été massacrée, asservie et dépossédée malgré son choix.

C’est une entrée essentielle parce qu’elle pose une question que toute recherche sérieuse sur la paix doit affronter :

Comment protéger une société non violente contre ceux qui ne respectent pas sa règle ?

Cette question fait directement le lien avec le projet de désarmement de Mathieu et Elmer. Arrêter les armes ne peut pas signifier simplement demander aux plus vulnérables de ne pas se défendre tandis que d’autres conservent les moyens de les écraser.

La paix doit aussi inventer des structures de protection.

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Ce que cette entrée apporte à la chronologie

Elle ouvre plusieurs dimensions qui seraient absentes d’une chronologie diplomatique classique :

  • loi de paix transmise oralement ;
  • non-violence comme règle collective et non simple décision individuelle ;
  • société insulaire ;
  • maintien d’un engagement malgré une menace existentielle ;
  • vulnérabilité d’une communauté désarmée face à une invasion ;
  • responsabilité ultérieure de l’État colonial ;
  • survie et renaissance culturelle après l’effondrement démographique.

Elle détruit aussi le cliché colonial selon lequel les peuples autochtones seraient par nature enfermés dans une violence primitive permanente.

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La suite appartient à l’histoire de la paix aussi

Moriori ne disparaît pas.

Pendant des décennies, des Moriori écrivent et pétitionnent pour obtenir reconnaissance, libération et restitution de leurs droits.

Le règlement conclu avec la Couronne néo-zélandaise et inscrit dans la loi au XXIe siècle reconnaît officiellement les Moriori comme tchakat henu de Rēkohu et reconnaît plusieurs manquements historiques de la Couronne.

La reconstruction culturelle, la revitalisation linguistique et le centre Te Kopinga constituent ainsi une seconde strate de cette histoire : non seulement la paix maintenue, puis détruite par l’invasion, mais aussi une communauté qui refuse sa propre disparition.

Le salut contemporain « me rongo », signifiant « avec la paix », pourrait apparaître très discrètement en conclusion de la page, avec l’autorisation et le contexte adéquats.

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Limites, tensions et contexte

Le maintien de cette règle en 1835 s’accompagne de massacres, d’asservissement et de dépossession. Cette histoire montre qu’une éthique de paix pose aussi la question de la protection face à un agresseur armé.

Ce que le geste met en circulation

Elle ouvre plusieurs dimensions qui seraient absentes d’une chronologie diplomatique classique : loi de paix transmise oralement ; non-violence comme règle collective et non simple décision individuelle ; société insulaire ; maintien d’un engagement malgré une menace existentielle ; vulnérabilité d’une communauté désarmée face à une invasion ; responsabilité ultérieure de l’État colonial ; survie et renaissance culturelle après l’effondrement démographique. Elle détruit aussi le cliché colonial selon lequel les peuples autochtones seraient par nature enfermés dans une violence primitive permanente.

Provenance

Sources, contexte et possibilité de vérification.

  1. Te Ara — The Encyclopedia of New ZealandMoriorinational encyclopedia · vérifié le 2026-08-11

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