Depuis 2024, j’ai publié beaucoup de musique. Vraiment beaucoup.
Assez pour qu’une personne qui découvre mon travail puisse arriver devant la discographie avec une impression étrange : par où commencer ? Quelle porte ouvrir ? Est-ce que tout appartient au même monde ? S’agit-il de chansons, d’essais, d’albums conceptuels, d’expériences vocales ou de fragments de roman sonore ?
La réponse la plus honnête est simple : c’est tout cela à la fois.
01Faire sortir la matière
J’ai commencé par faire sortir la matière : des chansons en français, des morceaux en anglais, des titres multilingues, des essais directs, des pièces plus étranges. Des albums traversés par le futur, le corps, les peuples, l’eau, la mémoire, les racines, la paix, les colères du monde et les forces de réparation.
Au début, je cherchais surtout à ouvrir les vannes. Certaines chansons sont venues comme des messages. D’autres comme des paysages ou des scènes. D’autres encore comme des langues que je ne connaissais pas encore, mais que ma voix semblait reconnaître avant moi.
En 2025, quelque chose a basculé. La quantité est devenue une archive de recherche. Chaque album a commencé à ressembler à une zone traversée : REVER EN COULEURS pour l’élan sensible et imagé, ADN Corps-Monde Poumons pour le corps et le souffle, Le Kairos pour le moment juste, Le Retour du Futur pour la sensation d’un futur qui revient vers nous, Eau Mémoire pour les lieux, les sources et les traces, The Multitudes pour les peuples et les voix collectives.
Une liste exhaustive deviendrait vite illisible. Je préfère proposer des chemins.
02Premier chemin — les chansons
C’est l’entrée la plus directe : une voix, un texte, une émotion, un rythme. Dans cette zone, on trouve des morceaux qui parlent aux vivants, aux blessés, aux rêveurs, aux peuples et aux corps fatigués par l’époque.
La chanson garde une fonction simple et essentielle : elle permet de dire quelque chose à quelqu’un.
03Deuxième chemin — les langues
La Langue du Futur a ouvert une porte importante. Elle m’a permis de chanter depuis un endroit où le sens arrive par la vibration avant d’arriver par la traduction. Ces syllabes cherchent une présence. Elles portent parfois une impression d’ancien, parfois une impression de futur, parfois une mémoire plus difficile à nommer.
De là sont venus d’autres passages : le Langage des Racines, la Langue des 26 présents, la Langue ADN, les chants multilingues et les formes où plusieurs langues humaines se croisent avec des langues inventées.
04Troisième chemin — le corps
La Musique ADN vient d’une intuition : un morceau peut être composé à partir d’une matière vivante. Un prénom, une personne, un lieu, une histoire, un texte, une respiration ou une mémoire. La musique devient alors une forme de portrait sonore. Elle cherche une empreinte, une couleur intérieure, une architecture de souffle.
Ce chemin rejoint la kairophonie. J’appelle kairophonie une musique attentive au moment juste : le moment où une chose peut être dite, chantée, enregistrée et transformée. La kairophonographie serait le geste de capter cette qualité d’instant et de lui donner une forme sonore.
05Quatrième chemin — les lieux
Certains morceaux naissent d’une relation au territoire : l’eau, les vallées, les grottes, les noms de lieux, les reliefs, les marches et les traces. Je vis avec ces paysages. Ils entrent dans l’écriture et dans la musique.
Eau Mémoire appartient à cette zone. Les lieux y deviennent des sources, des chambres d’écho et des présences actives.
06Cinquième chemin — le roman
Une partie de cette musique dialogue avec L’Autre Version de l’Histoire. Certains titres ressemblent à des fragments d’un monde plus grand : peuples imaginaires, cartes, langues, récits de lieux, mémoires transhistoriques et Réseau Géofractal.
Dans Le rythme du monde, des titres comme « Ma langue a la forme d’un fleuve », « HAKA DU LANGAGE DES RACINES » ou « Rhizome de l’Autre Version. 1817 » montrent cette jonction entre chanson, langue, mémoire et fiction.
07De la profusion à la circulation
C’est pour cela que Radio du Futur existe. Radio du Futur sert à créer des portes dans cette abondance.
Une discographie peut devenir un mur lorsqu’elle arrive en bloc. Elle devient un paysage lorsqu’on y trace des sentiers. Cette rubrique du site aide à entrer par les chansons, les langues, la Musique ADN, les lieux, les peuples, les albums-mondes et les fragments reliés au roman.
Je présente cette musique comme un atelier vivant : un endroit où la chanson rencontre les langues inventées, où le corps devient rythme, où les lieux gardent une mémoire sonore, où les peuples réels et imaginaires cherchent des chants, où le futur apparaît parfois dans une phrase, une voix, une syllabe ou un battement.
Faire passer l’œuvre de la profusion à la circulation.
Donner quelques cartes.
Ouvrir les bonnes portes.
Laisser chacun trouver son entrée dans Radio du Futur.
Depuis 2024, j’ai surtout appris une chose : certains morceaux arrivent avant leur explication. Ils apparaissent d’abord. Ensuite, il faut construire les chemins pour les écouter.