chambre documentaire · Événement

La Charte des Nations unies place le règlement pacifique au cœur du nouvel ordre international

Inscrire dans le droit international que la force ne doit plus être le moyen normal de relation entre États

Temps26 juin 1945 ; entrée en vigueur 24 octobre 1945TerritoireSan Francisco / mondeÉchelleEntre États · Mondial
La question ouverte ici

Que vaut une règle mondiale si les États peuvent encore la violer ? Puis une deuxième : et que serait le monde si cette règle n’existait même pas ? La page n’impose pas la réponse. Elle rend le problème visible.

Le geste de paix

Faire de la prévention et du règlement pacifique des conflits une obligation institutionnelle mondiale.

01Régler pacifiquement
02Renoncer à la force
03Protéger ensemble
01

Récit

Conférence de San Francisco : 25 avril – 26 juin 1945 Signature de la Charte : 26 juin 1945 Entrée en vigueur : 24 octobre 1945 Participants à San Francisco : cinquante États Membres fondateurs : cinquante-et-un après la signature ultérieure de la Pologne Institution : Organisation des Nations Unies Forme temporelle : catastrophe mondiale → négociation institutionnelle → traité fondateur → système permanent

En 1945, l’idée de paix internationale arrive chargée d’un poids presque impossible à représenter.

Deux guerres mondiales en une génération.

La Shoah.

Les crimes de masse.

Les bombardements de villes.

Des dizaines de millions de morts.

La destruction d’une grande partie de l’Europe et de l’Asie.

Et, au moment où l’architecture des Nations Unies est finalisée, la guerre du Pacifique n’est pas encore terminée.

La Charte ne naît donc pas d’un monde paisible imaginant théoriquement comment éviter une guerre.

Elle naît à l’intérieur de la guerre, avec le souvenir de l’échec de la Société des Nations et la volonté de ne pas reconstruire simplement le système antérieur.

Du 25 avril au 26 juin 1945, les délégations de cinquante États se réunissent à San Francisco.

Elles travaillent à partir des propositions élaborées notamment à Dumbarton Oaks, des accords de Yalta et de nombreux amendements proposés par les délégations.

Le 26 juin, les représentants des cinquante pays présents signent la Charte.

La Pologne, non représentée à la conférence, la signe le 15 octobre et devient l’un des cinquante-et-un membres fondateurs.

La Charte entre en vigueur le 24 octobre 1945.

02

Une phrase juridique qui change la norme

L’article 2 contient deux obligations centrales.

Les États membres doivent régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques.

Et ils doivent s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État, ou d’une manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Cette formulation ne supprime évidemment pas la guerre.

Mais elle transforme profondément la norme juridique.

La guerre de conquête ne peut plus être simplement présentée comme un instrument normal de politique étrangère possédant la même légitimité juridique que la diplomatie.

La force devient quelque chose qui doit être justifié dans le cadre beaucoup plus limité prévu par la Charte.

03

Le chapitre VI : multiplier les portes avant la force

L’article 33 énumère une série de moyens pacifiques :

  • négociation ;
  • enquête ;
  • médiation ;
  • conciliation ;
  • arbitrage ;
  • règlement judiciaire ;
  • recours aux organisations ou accords régionaux ;
  • autres moyens pacifiques choisis par les parties.

Cette liste est presque la matérialisation mondiale de la métaphore née dans notre bloc sur La Haye :

créer d’autres portes avant celle de la guerre.

La filiation n’est pas linéaire.

Mais l’histoire devient perceptible.

1899 : médiation et arbitrage sont institutionnalisés à La Haye.

1915 : des femmes demandent une médiation continue.

1945 : la recherche de moyens pacifiques devient une obligation inscrite dans le traité fondateur de la nouvelle organisation mondiale.

04

L’ONU n’est pas un gouvernement mondial

La page doit absolument empêcher cette confusion.

Les États restent souverains.

L’Organisation dépend de leurs décisions, de leurs ressources et des rapports de force entre eux.

Le Conseil de sécurité reçoit des pouvoirs particuliers.

Cinq États deviennent membres permanents avec droit de veto : Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Union soviétique — siège aujourd’hui occupé par la Fédération de Russie.

Cette architecture traduit directement le rapport de force issu de la Seconde Guerre mondiale.

Elle produit une tension qui existe encore :

une organisation fondée sur l’égalité souveraine des États possède en son centre un organe où cinq puissances ont un privilège institutionnel particulier.

Cette contradiction doit apparaître clairement.

Elle rend l’histoire beaucoup plus intéressante qu’une célébration institutionnelle.

05

Interdire la force tout en organisant la force collective

La Charte n’est pas pacifiste au sens de l’interdiction de toute force armée.

Elle prévoit :

  • le droit naturel de légitime défense individuelle ou collective en cas d’agression armée, selon l’article 51 ;
  • des mécanismes de sécurité collective sous l’autorité du Conseil de sécurité ;
  • des mesures coercitives lorsque la paix internationale est menacée.

La transformation est donc plus précise :

la force n’est plus supposée être un droit discrétionnaire ordinaire de chaque État.

Son usage est juridiquement encadré.

C’est une étape majeure dans l’histoire de la limitation de la guerre, pas l’abolition des armées.

06

La paix et l’empire : contradiction fondatrice

La conférence de San Francisco rassemble cinquante États représentant, selon l’ONU, près de quatre-vingts pour cent de la population mondiale.

Mais une grande partie de l’humanité vit encore sous domination coloniale.

L’Inde elle-même est représentée avant son indépendance.

De nombreux peuples d’Afrique et d’Asie ne disposent pas encore d’États souverains pouvant signer en leur propre nom.

La Charte contient néanmoins le principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes parmi les buts de l’Organisation.

Cette tension deviendra l’un des grands moteurs des décennies suivantes :

une organisation fondée par un monde encore impérial fournit aussi un langage et une arène qui seront mobilisés dans les processus de décolonisation.

Cette ambivalence doit être visible.

07

Des femmes à San Francisco

Une autre correction éditoriale est importante.

La conférence reste très majoritairement masculine.

Mais des femmes y participent comme déléguées et conseillères, et des organisations féministes exercent une pression politique.

L’histoire de la formulation de l’égalité des droits des hommes et des femmes dans la Charte mérite d’être reliée aux mobilisations féministes internationales antérieures.

La chronologie pourrait créer un fil :

La Haye 1915 → réseaux féministes internationaux → San Francisco 1945 → Déclaration universelle 1948 → résolution 1325 en 2000

Ce fil permet de montrer comment une revendication change de niveau institutionnel sur près d’un siècle.

08

La matérialité de la Charte

L’ONU possède un fonds visuel exceptionnel :

  • photographies de l’ouverture de la conférence ;
  • vues des délégations ;
  • images de la cérémonie de signature ;
  • photographies de chaque délégation signant la Charte ;
  • documents préparatoires ;
  • exemplaire matériel de la Charte ;
  • archives filmiques.

La page ne devrait pas commencer par le logo bleu contemporain de l’ONU.

Elle devrait commencer par cinquante délégations dans une salle en 1945.

Puis faire apparaître le texte.

Le visiteur doit sentir qu’une règle mondiale est littéralement en train d’être écrite.

09

Comment éviter la guerre ?

→ Articles 1, 2, 33.

10

Que faire lorsqu’une guerre menace ?

→ Conseil de sécurité, chapitre VII.

11

Un État peut-il se défendre ?

→ Article 51.

12

Comment régler un différend ?

→ négociation, médiation, arbitrage, justice.

13

Où est le problème du veto ?

→ composition et procédure du Conseil de sécurité.

Le site transforme ainsi le document en architecture compréhensible.

14

La grande limite : la Charte n’empêche pas les guerres

Depuis 1945, les guerres n’ont évidemment pas disparu.

Des membres de l’ONU ont violé les principes de la Charte.

Les grandes puissances ont utilisé la force.

Le veto a bloqué des réponses collectives.

Des génocides et crimes de masse ont eu lieu.

L’Organisation elle-même a connu des échecs dramatiques.

Cela ne rend pas la Charte insignifiante.

Cela nous oblige à distinguer :

la norme

de

son respect effectif.

C’est une compétence que toute la chronologie doit enseigner.

Une règle peut être historiquement majeure tout en étant fréquemment violée.

15

Une chronologie à deux couches

À partir de 1945, l’interface pourrait faire quelque chose de particulièrement puissant.

Une ligne montre :

les normes de limitation de la guerre.

Une autre montre :

les guerres qui continuent malgré elles.

Les deux avancent ensemble.

Le visiteur voit immédiatement que l’histoire de la paix n’est pas une disparition progressive de la violence.

C’est une lutte permanente entre :

normes construites

et

violence persistante.

16

Question posée au visiteur

Que vaut une règle mondiale si les États peuvent encore la violer ?

Puis une deuxième :

et que serait le monde si cette règle n’existait même pas ?

La page n’impose pas la réponse.

Elle rend le problème visible.

L

Limites, tensions et contexte

Le système repose sur les États et accorde un pouvoir particulier aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Changer d’axe

Cette histoire appartient à plusieurs temps.

Créer d’autres portes avant la guerreQuelles procédures ajoutent du temps et des choix avant la violence ?

Constellation documentaire

Des mécanismes voisins, ailleurs et autrement.

La Grande Loi de la Paix haudenosauneeHaudenosaunee / nord-est de l’Amérique du NordLa paix dite « perpétuelle » entre Pologne et Empire ottomanPologne / Empire ottomanLa Grande Paix de Montréal réorganise des relations entre nombreuses nationsMontréal / région des Grands LacsDes parlementaires créent un espace international permanent de dialogueParisLa première Conférence de La Haye crée un mécanisme permanent d’arbitrageLa HayeDes femmes de pays ennemis se réunissent à La Haye pendant la guerreLa Haye

Provenance

Sources, contexte et possibilité de vérification.

  1. United Nations Treaty CollectionCharter of the United Nationsprimary legal text · vérifié le 2026-08-11
  2. Nations UniesNations Unies — La Conférence de San Franciscodocumentary source · vérifié le 2026-08-15
  3. Nations UniesNations Unies — La Charte des Nations Uniesdocumentary source · vérifié le 2026-08-15
  4. Nations UniesNations Unies — texte intégral de la Charte, notamment articles 2 et 33documentary source · vérifié le 2026-08-15
  5. United Nations Treaty CollectionUnited Nations Treaty Collection — Charte des Nations Unies, signature et entrée en vigueurdocumentary source · vérifié le 2026-08-15
  6. Nations UniesNations Unies — archives et photographies de la conférence de San Franciscodocumentary source · vérifié le 2026-08-15

Cette fiche distingue la trace documentée de son interprétation éditoriale. Elle peut évoluer avec de nouvelles sources sans perdre son URL.