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Des femmes de pays ennemis se réunissent à La Haye pendant la guerre

Traverser les frontières pendant la guerre pour demander aux ennemis de recommencer à parler

Temps28 avril – 1er mai 1915TerritoireLa HayeÉchelleCommunauté · Mondial
La question ouverte ici

Que se passe-t-il lorsqu’au milieu d’une guerre les citoyens de pays ennemis refusent de devenir eux-mêmes ennemis ?

Le geste de paix

Traverser les camps en pleine guerre et produire des propositions de paix depuis la société civile.

01continuous mediation
02feminist peacebuilding
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Récit

Dates : 28 avril – 1er mai 1915 Lieu : La Haye, Pays-Bas neutres Contexte : Première Guerre mondiale Participants : 1 136 femmes provenant de douze pays selon les archives contemporaines de WILPF Figures majeures : Jane Addams, Aletta Jacobs, Emily Greene Balch et de nombreuses militantes des mouvements féministes, suffragistes et pacifistes Résultat organisationnel : création du Comité international des femmes pour une paix permanente, devenu en 1919 la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF) Forme temporelle : congrès transfrontalier → résolutions → délégations diplomatiques → organisation permanente

En avril 1915, la Première Guerre mondiale dure depuis neuf mois.

Des millions d’hommes sont mobilisés.

Les gouvernements présentent le conflit comme une lutte existentielle.

Les sociétés sont traversées par la propagande patriotique, la censure et l’idée que parler à l’ennemi revient à trahir.

C’est précisément à ce moment que mille cent trente-six femmes venues de douze pays se réunissent à La Haye.

Certaines viennent de pays qui se combattent.

Le simple fait de se rencontrer est déjà politique.

Le congrès naît en partie du mouvement international pour le suffrage féminin. Une rencontre féministe internationale prévue avant-guerre n’avait pu se tenir dans les conditions initialement envisagées. Aletta Jacobs, médecin et dirigeante du mouvement suffragiste néerlandais, défend alors l’idée qu’en pleine guerre il devient encore plus important que des femmes de pays différents prouvent qu’elles peuvent continuer à travailler ensemble.

La question du congrès n’est pas :

qui doit gagner ?

Elle devient :

comment arrêter la guerre et empêcher que le système qui l’a produite ne recommence ?

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Une méthode : ne pas confondre pacifisme et passivité

Les participantes ne se contentent pas d’un appel moral demandant aux gouvernements « d’être gentils ».

Elles débattent des mécanismes qui pourraient rendre la paix plus durable :

  • médiation entre belligérants ;
  • arbitrage obligatoire ;
  • réduction des armements ;
  • contrôle démocratique de la politique étrangère ;
  • opposition aux traités secrets ;
  • droit des peuples à participer aux décisions les concernant ;
  • participation politique des femmes ;
  • construction d’institutions internationales capables de prévenir les conflits.

La formulation de certaines propositions appartient évidemment au monde politique de 1915 et doit être contextualisée.

Mais leur geste méthodologique est remarquable :

chercher les infrastructures qui produisent la guerre et proposer des infrastructures alternatives.

La paix devient un problème d’architecture politique.

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Une proposition particulièrement audacieuse : la médiation continue

Le congrès propose que des États neutres mettent en place une conférence de médiation continue.

L’idée n’est pas d’attendre que les gouvernements belligérants annoncent eux-mêmes qu’ils veulent négocier.

Il s’agit de maintenir en permanence une possibilité de discussion, de formuler des propositions et de chercher les conditions d’un compromis.

Cette logique rejoint directement La Haye 1899 :

ajouter des portes avant la poursuite de la guerre.

Mais cette fois, l’initiative vient de femmes qui n’ont pratiquement aucun accès officiel aux décisions militaires et diplomatiques de leurs États.

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Après le congrès : aller voir les gouvernements

Le congrès ne s’arrête pas à ses résolutions.

Deux délégations sont constituées.

Leurs membres voyagent dans plusieurs pays belligérants et neutres afin de présenter leurs propositions aux gouvernements et chefs d’État.

WILPF rapporte que les délégations présentent leur plan à treize gouvernements engagés dans la guerre ou neutres.

Jane Addams conduit l’une d’elles.

Le déplacement est extraordinaire dans son principe.

Pendant que les armées tentent de franchir les frontières par la force, des civiles franchissent d’autres frontières pour demander que la conversation internationale recommence.

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Pourquoi cette entrée doit être beaucoup plus qu’une “histoire de femmes”

La dimension féministe est fondamentale.

Les femmes sont presque totalement exclues des décisions qui déclenchent et conduisent la guerre, alors même qu’elles en subissent les conséquences.

Le congrès réclame donc leur participation politique.

Mais réduire l’événement à une étape de « l’émancipation féminine » ferait perdre sa portée intellectuelle.

Les participantes élaborent une analyse du système international.

Elles parlent d’armement.

De diplomatie secrète.

De médiation.

De commerce.

De démocratie.

De droit.

De représentation politique.

De causes structurelles de la guerre.

Le féminisme entre ici dans l’histoire de la paix comme méthode de lecture du pouvoir.

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Jane Addams ne doit pas avaler le collectif

Jane Addams est présidente du congrès et deviendra une figure majeure du mouvement international pour la paix.

Aletta Jacobs joue un rôle central dans l’organisation.

Emily Greene Balch deviendra elle aussi présidente internationale de WILPF et prix Nobel de la paix.

Mais la page ne doit pas produire une nouvelle histoire de « trois grandes femmes ».

L’événement est justement puissant parce que plus d’un millier de participantes franchissent ensemble les lignes nationales.

Le visuel principal devrait donc être le congrès, pas un portrait individuel.

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Un lien avec Bertha von Suttner

Bertha von Suttner meurt en juin 1914, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre.

Elle n’assiste donc pas au congrès.

Mais le mouvement pacifiste international auquel elle avait participé constitue une partie du monde intellectuel et militant dont le congrès hérite.

L’interface pourrait faire apparaître une transmission discrète :

1889 — littérature anti-guerre

réseaux pacifistes

1899 — La Haye

1915 — retour à La Haye, cette fois pendant la guerre

Le lieu lui-même devient palimpseste.

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1919 : refuser une paix punitive

Après la guerre, l’organisation se réunit à Zurich.

Elle prend le nom de Women’s International League for Peace and Freedom.

WILPF critique alors les termes de la paix de Versailles, considérant qu’une paix fondée sur la punition et l’humiliation risque de produire de nouvelles violences.

Cette extension peut apparaître dans la fiche sans remplacer l’événement central de 1915.

Elle montre une continuité :

arrêter la guerre ne suffit pas ; il faut aussi regarder comment la paix est construite.

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Limites et contradictions

Le congrès ne met pas fin à la Première Guerre mondiale.

Les gouvernements écoutent les délégations mais ne mettent pas en œuvre le plan de médiation capable d’arrêter le conflit.

Toutes les militantes féministes ne soutiennent pas non plus l’initiative ; les mouvements suffragistes sont eux-mêmes divisés par la guerre et le patriotisme.

Les possibilités de voyage sont inégales. Des délégations sont empêchées de venir ou fortement limitées.

La composition du congrès reste majoritairement européenne et nord-américaine.

Cette géographie doit être visible.

L’événement est considérable sans prétendre représenter toutes les femmes du monde.

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Question posée au visiteur

Que se passe-t-il lorsqu’au milieu d’une guerre les citoyens de pays ennemis refusent de devenir eux-mêmes ennemis ?

L

Limites, tensions et contexte

Des délégations furent empêchées de venir et la capacité directe du congrès à arrêter la guerre resta limitée.

Ce que le geste met en circulation

La dimension féministe est fondamentale. Les femmes sont presque totalement exclues des décisions qui déclenchent et conduisent la guerre, alors même qu’elles en subissent les conséquences. Le congrès réclame donc leur participation politique. Mais réduire l’événement à une étape de « l’émancipation féminine » ferait perdre sa portée intellectuelle. Les participantes élaborent une analyse du système international. Elles parlent d’armement. De diplomatie secrète. De médiation. De commerce. De démocratie. De droit. De représentation politique. De causes structurelles de la guerre. Le féminisme entre ici dans l’histoire de la paix comme méthode de lecture du pouvoir.

Changer d’axe

Cette histoire appartient à plusieurs temps.

Créer d’autres portes avant la guerreQuelles procédures ajoutent du temps et des choix avant la violence ?Faire perdre prise à la violenceComment déplacer le rapport de force sans offrir au pouvoir la bataille qu’il attend ?

Constellation documentaire

Des mécanismes voisins, ailleurs et autrement.

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Provenance

Sources, contexte et possibilité de vérification.

  1. Peace Palace LibraryInternational Congress of Women of 1915specialized library · vérifié le 2026-08-11
  2. Women’s International League for Peace and FreedomWomen’s International League for Peace and Freedom — WILPF 1915 Congressdocumentary source · vérifié le 2026-08-15
  3. WILPFWILPF — Historydocumentary source · vérifié le 2026-08-15
  4. WILPFWILPF — archives historiques et résolutions de 1915documentary source · vérifié le 2026-08-15
  5. WILPFWILPF — historique des délégations de 1915 et de la médiation continuedocumentary source · vérifié le 2026-08-15

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